Madrid : 25e Conférence internationale sur le climat. Enjeux et polémiques…

Alors que la COP 25, organisée sous présidence chilienne, s'ouvre ce 2 décembre à Madrid, l’année 2019 a été marquée par des ouragans, inondations et incendies nombreux et violents.

Et les températures ont grimpé à des niveaux record. Les mobilisations citoyennes et les grèves pour le climat impulsées p une Greta Thunberg ont rassemblé des millions de jeunes à travers le monde.

Pour les 196 pays signataires de l'Accord de Paris en 2015, la réunion s'annonce tendue… les États parties devront revoir leurs ambitions climatiques à la hausse afin d'accomplir les objectifs nécessaires. L’accord de Paris avait confirmé l’objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne en-deçà de 2°C, et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C.

Les ONG souhaitent que les pays les plus responsables du dérèglement climatique prennent les devants…

Les plus gros pollueurs sont attendus au tournant sur la lutte contre les inégalités, dont Associations et ONG souligne l’évidence du lien :

C’est quelque chose qui n’est pas assez pris en compte voire même nié par les pays développés, regrette Lucile Dufour, responsable à Réseau Action Climat. La question des pertes et des dommages fait pourtant l’objet d’un article spécifique dans l’accord de Paris. Pourtant ils font la sourde oreille et nient les besoins qui y sont associés, insiste-t-elle.

De quelle façon soutenir les populations affectées de manière irréversible par le dérèglement climatique ? Comment faire pour se relever d’un cyclone, comme Kenneth qui a balayé le Mozambique en avril dernier ? Comment agir face aux conséquences de la montée du niveau des mers ?

Il faut trouver des moyens financiers pour soutenir les populations concernées, et des moyens innovants pour que cela ne pèse plus sur les budgets des pays, propose Lucile Dufour dont la mission est également de coordonner les travaux du Réseau Climat & Développement : une soixantaine d’ONG africaines francophones autour des enjeux climatiques. Selon elle, la COP25 doit servir à recréer un lien entre pays développés et pays en développement de solidarité existe pour lutter contre les changement climatiques et faire face à ses conséquences.

Suggestions des associations environnementales :

Taxer les entreprises qui exploitent les énergies fossiles, le secteur de l’aviation ou geler les dettes d’États en développement en cas de catastrophe climatique majeure.

Les pays du Nord ont promis de porter les financements du Fonds vert pour le climat à 100 milliards $ / an d'ici à 2020. Selon le dernier rapport de l'OCDE, ils atteignaient déjà 71,2 milliards en 2017. Mais les pays du Sud réclament aujourd'hui une accélération des négociations sur le financement des pertes et dommages subies. Et un groupe d'ONG estime qu’ils atteindront à 300 milliards par an en 2030 !

De surcroît, La COP25 se tient à la veille de l’année 2020 où les pays doivent adopter des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) plus ambitieux…

Qui va faire quoi, quand et comment ?

A propos de la définition de règles et d'un encadrement plus strict des marchés carbone notamment les nouveaux… Les ONG estime qu’il faudrait interdire aux pays de compter les réductions d’émissions échangées plusieurs fois et exclure les réductions d’émissions effectuées avant 2020 qui représentent 4 milliards de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions totales de l’UE en 2016. Ce système, créé sous le protocole de Kyoto en 1997, vise à réduire les émissions de GES via un système d’échange de crédits carbone entre pays. Le principe était de transformer le CO2 en actifs économiques échangeables entre entreprises émettrices sur une bourse carbone, en tenant compte de certains quotas. Mal définies et mal encadrées, ces règles autorisent l’échange de réductions d’émissions qui n’existent pas, ou périmées, voire de compter plusieurs fois des réductions… C’est criblé de failles !, s’insurge Lucile Dufour. Si des règles permettent de tricher, on n’atteindra jamais les objectifs de l’accord de Paris, argue-t-elle préconisant la mise en place d’un encadrement strict.

Des risques pour le respect des droits humains

Les marchés carbone ont permis de financer des projets de réduction d’émissions de GES qui pénalisé les populations locales…

Exemple : la création d’énormes barrages hydroélectriques au Panama, a provoqué l’inondation des terres de populations autochtones, les privant de terres à cultiver. De plus la pollution des cours d’eau a entrainé de nombreux morts, blessés ou déplacés.

En 2018, les pays du G20 ont été responsables de 80 % des émissions mondiales de GES, a évalué le cabinet Enerdata. A eux donc faire leur juste part de l’effort ! lance Lucile Dufour. Actuellement, l’objectif de l’Union européenne est de - 40 % d’émissions de GES d’ici 2030 or, pour être compatible avec l’accord de Paris, elle devra être à - 65 %, cite-t-elle à titre d’exemple pour démontrer que l’inaction actuelle conduirait le monde à produire 120 % d’énergie fossiles (charbon, gaz, pétrole) de plus que ce qu’il faudrait pour limiter le réchauffement à 1,5°…
La COP25 doit donc être un appel à la cohérence des États, notamment pour la France qui, en 2018, a dépassé son budget carbone de 4,5 % ! , En tant que pays de l’UE, l’hexagone doit se positionner clairement sur l’augmentation des objectifs climatique et ils sont bien au-delà de ceux fixés au niveau national.

Pour être crédible et cohérente, la France devra être capable d'annoncer comment elle compte s'y prendre pour mettre en œuvre des mesures supplémentaires afin de respecter ses propres objectifs, notamment dans les transports, le bâtiment et l’agriculture, secteurs les plus émetteurs, insiste la responsable, qui regrette qu'Emmanuel Macron ne se rende pas à Madrid.

Et en 2020, les pays devront revenir à la table des négociations avec de nouveaux objectifs…